éducation numérique

Pour une éducation responsable de nos enfants en 2018

Par Benoît Jeannin, fondateur de la société Learn & Go, éditrice de solutions d’apprentissage par le numérique.

Prendre le temps d’écrire pour transmettre, réfléchir, poser ses idées, raturer, relire, vivre de temps à autre le syndrome de la page blanche… Qui n’est pas passé une fois dans sa vie par cette phase de doute face à l’écriture? Moi-même, je suis un inconditionnel de l’écriture classique sur papier. Mais je suis aussi en phase avec mon époque. Et je n’hésite pas à utiliser aussi mon clavier pour communiquer.

La société que j’ai créée en 2016, Learn & Go, associe justement ces deux notions. Notre solution Kaligo, pour l’enseignement de l’écriture manuscrite destinée principalement aux enfants de 3 à 7 ans, prend en compte la nécessité de garder, dans l’entraînement à l’écriture, l’automatisme du geste graphomoteur. L’enfant utilise un stylet et une tablette pour apprendre à former les lettres, les chiffres. Avec Kaligo,  il est en condition identique à celle d’un enfant écrivant sur un cahier. La paume de la main est placée sur la tablette. L’enfant voit comment il doit former les lettres et doit répliquer le geste selon un modèle pédagogique abouti.

La valeur ajoutée apportée par Kaligo se trouve dans l’individualisation de l’entraînement. Kaligo dispose en effet d’algorithmes qui analysent, pour chaque lettre formée, la forme, le sens, l’ordre et la pression exercée sur le stylet. C’est un peu comme si chaque élève disposait d’un enseignant particulier pour suivre l’évolution de son apprentissage. A la différence de l’entraînement classique sur un cahier papier, Kaligo donne à l’enfant un retour immédiat, en lui permettant d’interroger le système sur ce qu’il vient de réaliser, de prendre confiance en lui et de construire progressivement et de manière quasi autonome son propre parcours d’apprentissage.

Relation entre motricité et assimilation des connaissances

Depuis le début du projet à Rennes, en 2014, qui fut à l’origine de la création de Kaligo (notamment avec le laboratoire de l’IRISA, IntuiDoc),  nous avons été témoins et acteurs des avancées de la recherche sur la pédagogie, la transmission des connaissances et la manière dont notre cerveau fonctionne pour assimiler et intégrer ces savoirs. En ce sens, de nombreuses études scientifiques qui s’appuient notamment sur les neurosciences soutiennent l’importance de la relation entre la motricité et la capacité d’assimilation de notre cerveau.

On ne peut d’ailleurs que se féliciter de l’initiative engagée par le ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a installé en automne dernier le Conseil Scientifique de l’Education, présidé par le chercheur et professeur Stanislas Dehaene. Ce dernier a en effet contribué à démontrer l’importance de la métacognition, le fait pour l’apprenant de comprendre ses propres processus d’apprentissage pour mieux apprendre à apprendre. Grâce à ses travaux, le cerveau et les zones du langage sont de mieux en mieux cartographiés et permettent de mieux comprendre les troubles qui y sont liés.

Du fait de la personnalisation des exercices, Kaligo présente par ailleurs la particularité de s’adapter à tous les enfants, y compris ceux dont les besoins sont spécifiques, comme les dysgraphiques, les dyslexiques ou les dysorthographiques. La future « oralisation » de notre application, sur laquelle nous travaillons actuellement, va également permettre d’aller plus loin dans l’intégration de tous les enfants, en incluant la lecture. Un enjeu majeur à l’heure où notre président, Emmanuel Macron, déplorait il y a encore quelques semaines le taux important d’illettrisme dans notre pays.

Après trois ans de tests dans une quarantaine d’écoles maternelles dans l’Académie de Rennes, notre application est aujourd’hui déployée dans d’autres académies. Le chemin est toutefois long et fastidieux. Le monde enseignant est encore trop fébrile à l’idée d’adopter les tablettes, à un âge compris entre 3 et 7 ans. Pas de tablette à l’école ! En plus c’est cher !  Voilà le type de réflexions que j’entends fréquemment sur les salons professionnels. On peut comprendre la crainte exprimée vis-à-vis du numérique et notamment lorsque les utilisateurs sont de jeunes enfants. Il est bien évident qu’une utilisation non raisonnée et passive de tablettes à un jeune âge appauvrit l’intellect de l’enfant.

Faut-il pour autant laisser les tablettes numériques au seuil de nos écoles ?  Chez Learn & Go, nous croyons au contraire à une utilisation raisonnée, limitée du numérique, y compris à un très jeune âge. L’utilisation peut être ludique, à condition qu’elle soit source d’apprentissage et de concentration et surtout elle doit être accompagnée par un enseignant ou un parent.

Ces principes sont les fondements de Kaligo. Les exercices se font dans l’enceinte d’une classe, supervisés par un enseignant. Les modules sont adaptés pour une durée quotidienne de 20 à 30 minutes par enfant.

L’éducation numérique au prix d’un Carambar !

Si cette peur vis-à-vis du numérique est encore très présente en France, elle est depuis longtemps dépassée dans d’autres pays européens. Il suffit d’observer par exemple le nombre d’initiatives innovantes dans l’éducation numérique des tout-petits, en Europe du Nord, et plus particulièrement en  Norvège et en Finlande. Alors pourquoi en France, aurions-nous plus peur que les finlandais ou les norvégiens ?

Quant au coût du numérique, il faut reconnaître qu’en France, nous sommes habitués à ce que l’éducation soit gratuite. Mais elle ne doit pas pour autant se passer d’investissement. A l’instar de ce que l’on observe dans la santé, il nous faut  faire évoluer notre modèle si l’on veut rester dans le train du progrès. Certes les maires sont aujourd’hui confrontés à des choix stratégiques dans un contexte budgétaire très contraint. Parfois il faut choisir entre construire un rond-point supplémentaire, financer une association ou équiper l’école primaire pour le bien des futures générations. Mais le problème du coût du numérique n’est-il pas simplement un prétexte quand  on sait que, dans le cas de Kaligo, par exemple, le prix de l’application, tablette comprise, représente pour chaque enfant scolarisé l’équivalent d’un Carambar par jour?

Depuis plusieurs semaines, nous présentons notre application Kaligo à l’étranger dans le cadre de futurs partenariats. Les retours sont très enthousiastes. Le monde enseignant en Allemagne ou au Royaume-Uni par exemple est sensible à l’analyse de l’historique des exercices et la remédiation en temps réel que procure l’application.

Chez Learn & Go, comme d’ailleurs dans beaucoup d’entreprises de l’EdTech, l’enseignant doit rester au cœur du dispositif pédagogique. Le numérique n’a pas pour but de remplacer le métier de professeur. Il permet au contraire à ce dernier d’apporter à l’enfant une nouvelle valeur ajoutée, liée à la remédiation, à l’analyse des exercices effectués par ses élèves. A partir de là, il est en mesure de procurer davantage d’écoute, de prise en charge de l’élève qui a et aura toujours besoin de repères dans son apprentissage.

Voilà pourquoi les nouvelles technologies ne doivent pas faire peur. Elles doivent simplement faire prendre conscience, aux acteurs de notre société, à tous les acteurs, y compris au sein de l’Etat, qu’il faut savoir nous remettre en question. Il y a eu par le passé un Grenelle de l’environnement dont le but était de préparer notre pays à la « révolution verte ». Pourquoi ne pas imaginer un Grenelle de l’éducation afin de mieux appréhender la révolution du numérique ? Quelle que soit la manière dont nous procéderons, si nous refusons cette remise en question, c’est l’éducation tout entière de nos enfants qui s’en trouvera encore plus affaiblie. Il y a donc urgence !

Benoît JEANNIN

benoit.jeannin@learn-and-go.com

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